Les connaissances en morphologie et l’écriture

Par Nathalie Chapleau, professeure à l'UQAM

Enseignante : Tu as ajouté la lettre « t » à la fin du mot « grand ». Tu peux m’expliquer la raison? Élève : C’est qu’il y a une lettre à la fin, mais je ne suis pas sûr que c’est « t ». Enseignante : Connais-tu un moyen de vérifier quelle lettre pourrait terminer le mot? Élève : Non. Enseignante : Tu te rappelles que nous avons fait une activité sur les mots de la même famille? Nous avions dit que « chat » et « chaton » sont de la même famille parce qu’ils ont un lien de sens. Élève : Oui! On avait trouvé « chatière » aussi, c’est l’entrée des chats dans une porte. Enseignante : Très bien! À la fin du mot « chat » il y a une lettre muette qui permet de former les mots de la même famille. Élève : Je sais! C’est « t ». Enseignante : Bravo! Maintenant, trouve des mots de la même famille que « grand » pour découvrir la lettre muette de ce mot.

Comme l’illustre cet exemple, les connaissances en morphologie dérivationnelle permettent de faire des choix orthographiques judicieux. Ainsi, dès l’entrée dans l’écrit, il importe d’intégrer cet enseignement dans les situations d’apprentissage afin d’amener l’élève à découvrir cette dimension de la langue (Chapleau, Beaupré-Boivin et Godin, 2020).


Plusieurs règles morphologiques composent notre système d’écriture (Sprenger-Charolles et Colé, 2013). Par exemple, 28% des mots ont une lettre muette en position finale (Gingras et Sénéchal, 2016) dont certaines révèlent un lien associé à la morphologie dérivationnelle (dent → dentiste). D’ailleurs, en 2e et 4e année du primaire, les élèves orthographient mieux les mots dont la finale muette peut être reliée à une forme dérivée (galop → galoper) que les mots dont la finale est non dérivable (Sénéchal, 2000).


Également, la connaissance de la représentation orthographique des affixes, en lien avec leur sens, permet de choisir l’orthographe précise de la production de mots construits. Par exemple, l’élève qui connait le sens et la représentation écrite du suffixe « ette » sera en mesure de produire avec précision le mot « limette » qui signifie « une petite lime » (Chapleau, 2013). Cette manifestation a également été observée lors de la production de pseudomots (Pacton, Fayol et Perruchet, 2005 ; Pacton et coll., 2012). En effet, la suite de lettres « ette » est plus souvent transcrite dans un pseudomot lorsque le contexte précise un statut de diminutif (une petite vitar est une… vitarette).


Ces résultats de recherche démontrent que la compréhension, la réflexion et la manipulation de la structure morphologique des mots (Carlisle, 1995) sont des atouts menant à la maitrise de l’orthographe lexicale. Conséquemment, il importe de sensibiliser l’apprenant à cet aspect de la langue en proposant des capsules en morphologie dérivationnelle lors de situations d’apprentissage contextualisées ou lors de moments spécifiques.


Bon enseignement!



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© CAP MORPHO, projet de recherche dirigé par Nathalie Chapleau, UQAM